Mardi 27 octobre 2009 2 27 /10 /Oct /2009 09:36

Notre journée de formation organisée le 21 octobre au Collège Lafayette de Rochefort (17) a réuni à nouveau cette année un public fidèle et concerné par la pérennisation d'une mémoire régionale toujours vivante. Une mémoire régionale mise en perspective avec les évènements nationaux et internationaux de cette période tragique.

Aprés l'accueil convivial des participants, nos travaux démarrent par l'intervention de Mr James Pitaud, historien passionné d'histoire locale. Celui-ci dans son exposé décrit pour le secteur de Jonzac une forte solidarité de la population envers les familles juives, en particulier les réfugiés, et donc puiqu'il s'agit du thème de notre journée, l'existence de nombreux cas d'enfants cachés. Dés 1939, cette hopitalité s'était manifestée auprès des Républicains espagnols originaires du Pays Basque. Aprés l'étude des différents cas connus, même si plusieurs resteront définitivement ignorés, Mr Pitaud décrit le décalage flagrant entre l'hospitalité vérifiée d'une immense partie de la population de ce secteur géographique et le comportement d'une administration soumise et désireuse de voir appliquer des directives nauséabondes. Celles-ci malheureusement faciliteront la tâche le moment venu des autorités de Vichy et de la Gestapo. Il est important  de préciser que certaines mairies rechignèrent à s'impliquer dans ces missions, et l'on retrouve facilement la preuve de rappels à l'ordre menaçants, exigeant de plusieurs maires la liste des familles juives de leur canton.
Pour la période mai/juin 1940, Mr Pitaud estime que 73 personnes juives ont été accueillies à Jonzac et ses environs, originaires de l'Est de la France, pour la plupart enfants de parents immigrés juste aprés la 1ère guerre mondiale depuis la Hongrie, la Pologne, la Tchécoslovaquie...

Les familles impliquées dans l'aide et l'accueil des réfugiés étaient d'autant plus méritoires que sur le secteur de Jonzac, les services de répression étaient particulièrement efficaces. D'ailleurs ne trouvait-on pas dans le trés officiel inventaire des "meilleurs collaborateurs" le nom du sous préfet de Jonzac ! Malgré tout, la population ne se recroquevilla nullement. Et même si de nombreux acteurs demeurent anonymes, il est notable que sur 6 Justes devant les Nations répertoriés en Charente Maritime, 5 se trouvent dans l'arrondissement de Jonzac.

Mr Pitaud évoque ensuite le destin de plusieurs familles, comme les familles Rosenzweig, Suslenski, Kirschenbaum ou Melchior. Il s'attarde en particulier sur le cas de Michel Slitinski qui parvint à s'échapper par les toits dans la nuit du 19 au 20 octobre 1942 lorsque les policiers français vinrent arrêter sa famille. Michel, alors déclaré hors la loi, se réfugia en Charente maritime, dans une ferme proche de Montendre, où il put se cacher quelques temps, employé comme ouvrier agricole. Il était alors âgé de 17 ans. L'histoire de Michel Slitinski et de sa famille est devenue symbolique dans le sens où le combat que Michel Slitinski mit en lumière la responsabilité d'un des plus hauts "dignitaires" de la République, ceci afin que justice soit rendue. Son nom: Maurice Papon.

Comme toujours et tant que les évènements nous le permettront, cette journée a permis de donner la parole aux témoins. Avec beaucoup d'humilité, ils ont évoqué longuement leurs trajectoires singulières, parfois trés douloureuses, certains ayant vu disparaître leur famille,  pour d'autres campagnardes et insouciantes, mais aussi pour d'autres placées sous le signe de la rigueur et de la peur. L'auditoire face à ces vies d'enfants cachés put saisir la difficulté d'exister avec d'aussi profondes blessures que celle par exemple de ne se rappeler du regard de ses parents qu'à travers des photographies de famille sauvées in extremis à la sortie de la guerre. Il put également mesurer les risques encourus lorsque enfant, on doit sans cesse mentir au sujet de ses proches, changer d'identité et souvent cacher ses origines. Le retour sur les lieux de l'enfance à la fin des hostilités, ces lieux remplis des bonheurs et des souvenirs familiaux ne fut guère moins douloureux, alors que d'autres combats démarraient, pour récupérer par exemple les biens accaparés par les voisins sans vergogne à l'instant même de leur arrestation. L'auditoire enfin mesura avec émotion et respect, l'altruisme sans mesure de ceux qui cachèrent ces enfants, au risque comme ce fut le cas pour des "protecteurs" de Monique Georges, de se voir arrêtés puis déportés dans les camps. A côté de ces enfants sauvés, l'assemblée eut la chance d'entendre le témoignage humble de Mme Voisin, Juste parmi les Nations, résistante de la première heure, si déterminée à nous rappeler que ce qu'elle avait fait sous l'occupation ne lui donnait en aucun cas le droit d'être qualifiée de héros !...


Nos témoins étaient les suivants: Madame Voisin, Juste parmi les Nations, Mme Durand, enfant juive cachée en Béarn dans plusieurs institutions catholiques, Mr et Mme Wilkowski, enfants juifs cachés tous les deux, (Mr Wilkowski étant par ailleurs membre du bureau national de l'AFMD), et donc Mme Monique Georges, venue témoigner à la fois en tant qu'enfant caché (menacée et recherchée en tant que fille de résistant), mais également en tant qu'auteur de l'ouvrage "Le Colonel Fabien était mon père". Vous trouverez ci dessous la reproduction de l'article de presse consacré à cette venue parmi nous.


Mme Monique Georges a participé à une séance de dédicaces conviviale au bénéfice du public intéressé par son ouvrage.


En conclusion de cette journée, Serge Chupin, membre du Bureau national des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et trésorier de la délégation de Charente Maritime prit la parole pour se féliciter de la qualité de ces rencontres annuelles, tout en remerciant de leur présence l'ensemble des témoins. Enfin il rappela à tous la nécessité de soutenir l'AFMD 17 par le biais de l'adhésion afin que les actions engagées par celles-ci, telle cette journée de formation, puissent être poursuivies à l'avenir.


Par afmd 17 - Publié dans : transmission de la mémoire
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Commentaires

Oui,je retrouve dans votre article ce sentiment des"justes";issue d' une famille Orthézienne ,vivant à Orthez , j' ai apprécié la pudeur apportée à ce sujet délicat honorant nos disparus modestes qui ont risqué leur vie.
Cordialement
Daniel Lavignotte
Commentaire n°1 posté par lavignotte le 19/11/2009 à 17h21
Nous sommes heureux de voir que ce thème traverse la mémoire collective jusqu'à nos jours. Les témoins de tels faits disparaissant avec le temps, il est de notre devoir de leur rendre hommage, et de perpétuer le souvenir de tels comportements, simples mais "héroiques".
Réponse de afmd 17 le 19/11/2009 à 20h20

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