Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /Mars /2010 20:19

Le 24 février 2010, s'est déroulée dans la grande salle de La Coursive à La Rochelle, la présentation du dernier film de Tony Gatlif, "Liberté". Cette présentation n'a pu se faire en présence du réalisateur, retenu à Paris pour préparer la cérémonie des Césars, mais nous avons eu l'honneur d'écouter Iljir Selimoski, acteur, et Henriette Asséo, professeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). La soirée a démarré bien entendu par la projection du film.

Liberte fichefilm imagesfilmTony Gatlif a choisi de réaliser un film français, croisant la trajectoire d'une résistante ayant réellement existé, avec celle d'une famille de bohémiens, victime de lois françaises trés rapidement édictées et aussi strictement appliquées. Ces deux parcours finissent par se croiser dans un village situé en zone occupée, village dans lequel vont s'exprimer l'intolérance et la répression, mais également la solidarité et l'humanisme par la prise de position du maire Théodore (interprété par Marc Lavoine), et le sacrifice de l'institutrice Mlle Lundi (jouée par Marie-Josée Croze), finalement déportée pour sa fidélité aux valeurs républicaines.

Iljir Selimoski a tout d'abord décrit la passion débordante de Tony Gatlif dans ce nouveau projet. Il lui fallut acquérir des bases solides en langue rom, tout simplement parce que Tony Gatlif exigeait que les acteurs improvisent....en rom ! Une véritable aventure humaine tant la plongée dans cet univers inconnu imposait à chacun de se donner à fond. Car en effet, comme le confirma Mme Asséo, il n'y a que trop peu de données pour construire un film complet sur un témoignage existant. Il faut noter qu'une partie tout de même de la troupe est réellement manouche, ce qui a permis une osmose totale de l'équipe. Au final, une fiction construite autour de faits réels, comme une descente dans un "trou noir" de notre histoire, telle une ré-appropriation d'une partie de notre mémoire nationale.

Plusieurs idées fortes ont dominé l'intervention de Mme Asséo. Tout d'abord elle a relevé le fait que les premières décisions concernant les bohémiens sont apparues sous la Troisième République, sous la forme d'un décret-loi daté du 6 avril 1940, avant même que les armées allemandes n'envahissent le territoire français. Cet ordre se combinera avec les directives orales allemandes en Octobre 1940, aboutissant à l'internement des familles précédemment assignées à résidence. On estime entre 6000 et 6500, le nombre de personnes internées en famille dans les 30 camps pour nomades situé sur le territoire. Ces camps étaient surveillés par des gendarmes, sous la direction des préfectures. Plusieurs questions se posent: comment a-t-on pu penser que cette mission d'internement soit apparue si urgente alors que la France était en pleine débacle ? Pourquoi subitement, ce furent les "voisins", que chacun connaissait bien, que l'on désigna et que l'on interna ? Pourquoi ce "glissement", cette "guerre contre des civils", qui n'étaient rien d'autres que des familles, des femmes, des hommes et des enfants dont on voulait faire disparaître jusqu'au nom, ce qui signifiait l'abolition de leur histoire ?  Mme Asséo appuie sur le fait que c'est à ce moment-là que la photographie anthropométrique rentre en vigueur, destinée à traverser le temps jusqu'à nous, sans que nous n'en ayons vraiment pris conscience. Déjà une toile d'araignée qui se referme sur nous, nous fiche, nous enregistre, et à laquelle désormais nous ne pourrons plus échapper.

Enfin Mme Asséo met en avant le véritable sens de ce film. Elle utilise les termes de ré-appropriation, et de réhabilitation de cette mémoire occultée par tous les livres d'histoire. Elle met cette idée en perspective avec les évènements d'aujourd'hui, et y voit un rappel à l'ordre, une mise en garde. "Nous participons tous à une histoire européenne, à l'intérieur de laquelle, nous faisons vivre un terreau commun, celui du "pouvoir vivre ensemble". Dans les évènements décrits dans "Liberté", nous assistons au dévoiement de cette culture ancestrale. Si nous reproduisions les mêmes comportements, nous pourrions courir à notre propre perte en mettant au banc de nos consciences, la profondeur historique de notre pays.

Liberté Arrestation finale

L'arrestation finale.

Liberté, film de Tony Gatlif - 1h45 - Sortie nationale le 24 février 2010.

Pour approfondir nos connaissances:
                    - Les Tsiganes en France. Un sort à part 1939-1946 . Aux Editions Perrin - Octobre 2009. Par Emmanuel Filhol et Marie-Christine Hubert.
Par afmd 17 - Publié dans : transmission de la mémoire
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