Dominique Le Huérou , professeur d’histoire au collège de Saint Agnant, et adhérente de l'AFMD 17, nous fait partager sa visite au Camp d'Auschwitz
Birkenau.
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Organisé par le pôle civique de l’académie de
Poitiers et le Mémorial de la Shoah de Paris, j’ai eu le privilège, en tant que professeur d’histoire, de participer à un voyage d’étude en Pologne,
dont le thème était l’enseignement de la Shoah. Comment en effet enseigner ce qu’elle fut ? Il me fallait aller sur les lieux, c’était une évidence.
Le voyage avait été précédé d’une série de conférences au Mémorial, dont entre autres celle de Georges Bensoussan. Nous avons aussi entendu le témoignage d’Ida Grinspan, une rescapée d’Auschwitz
Birkenau où elle avait été déportée à 14 ans, en janvier 1944. Elle nous a décrit surtout ce qui lui a permis de survivre, la solidarité entre femmes, le hasard de la sélection, les commandos
plus ou moins difficiles ou surtout humiliants pour casser le moral des détenues, la marche de la mort où elle ne s’est nourrie que de neige, la neige aussi qui l’a sauvée quand on les a
entassées dans des wagons à ciel ouvert. La neige se boit...
En cette matinée du 7 mars 2009, l’esprit imprégné de ce récit, nous avons suivi, derrière notre guide polonaise, les pas d’Ida à
Auschwitz Birkenau. Que dire du camp ? Le ciel nous écrasait de son humidité, et la neige fondue nous faisait patauger dans la boue. C’était d’abord l’immensité, rythmée par les fils de
fer barbelés et les miradors, un camp qui s’est construit de façon progressive, de façon empirique. Les blocks d’Auschwitz I, d’anciennes casernes en briques rouges, paraissaient luxueuses en
comparaison des baraques de Birkenau, réparties elles-mêmes en plusieurs divisions. Le camp du Mexique, baraques sans toit. Le camp des Tziganes avec un sol en terre battue. Le froid et le
typhus y faisaient le tri rapidement. Le camp des hommes dont il ne subsiste que le squelette des cheminées, les planches ayant été emportées depuis longtemps.
Le camp des femmes d’Ida était constitué de baraques
alignées, semblables à des granges, avec à l’intérieur, des châlits de planches toujours intacts. En dessous, les femmes en fin de vie couchaient
directement sur le sol. Le bâtiment des latrines, deux alignements de trous dans le
ciment, où des dizaines de femmes devaient se vider ensemble sous les cris de Kapos ! Ida nous disait que le commando le plus dur ne peut dépasser la souffrance de cette humiliation
collective.
Cachés au bout du
camp, bien séparés du reste de l’ensemble, dans un petit bois de bouleaux, ce que les Nazis ont tenté de faire disparaître en les faisant sauter, les restes des chambres à gaz et des fours crématoires appelés Bunkers, où les détenus du Sonderkommando devaient « traiter
les corps », en extraire avant la crémation tout ce qui pouvait enrichir le Reich : cheveux, dents en or…. Shlomo Venezia, présent sur le site ce jour là, un survivant du
Sonderkommando, nous a expliqué qu’il a échappé à la mort grâce à ses compétences pour couper les cheveux, car à partir de 1944, les convois se sont
accélérés et l’arrivée des juifs de Hongrie avait nécessité une main d’œuvre efficace.
Des étendues marécageuses avec des stèles désignaient l’emplacement où les cendres étaient répandues. Un étang même a presque été comblé avec
celles-ci.
« La dernière photo », devant les ruines des chambres à gaz, montrait un groupe de femmes et d’enfants dans le bois, épuisés mais presque paisibles, ignorant leur sort immédiat... La
sélection, opérée par des nazis sur la rampe d’arrivée du train, envoyait ceux qui ne pouvaient pas être utiles dans ces centres de mise à mort,
femmes, enfants, vieillards.
Les membres du SonderKommando ont résisté. Ils ont réussi à faire des photos clandestines de ce qu’ils vivaient. Ils ont même réussi à obtenir
du matériel pour faire sauter les crématoires, tentative punie par la mort. Les autres, comme Ida, qui pouvaient travailler, étaient transformés en quelques heures en « stücke », des pièces,
déshumanisées, rasées, numérotées. Là encore, la connaissance de l’allemand pour les longs appels sauvait une vie...Un appel a duré 19 heures à Auschwitz I, après une évasion de
l’usine...
L’après-midi, nous avons découvert Auschwitz I, des blocks transformés en musée avec,
soigneusement triés dans des vitrines, les objets laissés par les déportés qui étaient stockés dans le « Kanada » . Que ressentir devant un rouleau de tissu fabriqué avec des
cheveux, ou face à une masse de paires de lunettes, de chaussures ? Tout était soigneusement récupéré, trié par catégorie, et envoyé en Allemagne. Le camp était une véritable ville,
avec sa prison, sa cour d’exécution, son orchestre, son infirmerie....
Vers dix-sept heures, la nuit commençait déjà à tomber,
ainsi que la neige. Nous avons quitté les lieux, glacés, sans voix.
Bibliographie :
Grinspan Ida, J’ai pas pleuré, Presses -Pocket 2003
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