Lundi 30 mars 2009 1 30 /03 /Mars /2009 17:40

 Dominique Le Huérou , professeur d’histoire au collège de Saint Agnant, et adhérente de l'AFMD 17, nous fait partager sa visite au Camp d'Auschwitz Birkenau.

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Organisé par le pôle civique de l’académie de Poitiers  et le Mémorial de la Shoah de Paris, j’ai eu le privilège, en tant que professeur d’histoire, de participer à un voyage d’étude en Pologne, dont le thème était l’enseignement de la Shoah. Comment en effet enseigner ce qu’elle fut ? Il me fallait aller sur les lieux, c’était une évidence.

Le voyage avait été précédé d’une série de conférences au Mémorial, dont entre autres celle de Georges Bensoussan. Nous avons aussi entendu le témoignage d’Ida Grinspan, une rescapée d’Auschwitz Birkenau où elle avait été déportée à 14 ans, en janvier 1944. Elle nous a décrit surtout ce qui lui a permis de survivre, la solidarité entre femmes, le hasard de la sélection, les commandos plus ou moins difficiles ou surtout humiliants pour casser le moral des détenues, la marche de la mort où elle ne s’est nourrie que de neige, la neige aussi qui l’a sauvée quand on les a entassées dans des wagons à ciel ouvert. La neige se boit...


En cette matinée du 7 mars 2009, l’esprit imprégné de ce récit, nous avons suivi, derrière notre guide polonaise, les pas d’Ida à Auschwitz Birkenau. Que dire du camp ? Le ciel nous écrasait de son humidité, et la neige fondue nous faisait patauger dans la boue. C’était d’abord l’immensité, rythmée par les fils de fer barbelés et les miradors, un camp qui s’est construit de façon progressive, de façon empirique. Les blocks d’Auschwitz I, d’anciennes casernes en briques rouges, paraissaient luxueuses en comparaison des baraques de Birkenau, réparties elles-mêmes en plusieurs divisions. Le camp du Mexique, baraques sans toit. Le camp des Tziganes avec un sol en terre battue. Le froid et le typhus y faisaient le tri rapidement. Le camp des hommes dont il ne subsiste que le squelette des cheminées, les planches ayant été emportées depuis longtemps.


Le camp des femmes d’Ida était constitué de baraques alignées,  semblables à des granges, avec à l’intérieur, des châlits de planches toujours intacts. En dessous, les femmes en fin de vie couchaient directement sur le sol.
Le bâtiment des latrines, deux alignements de trous dans le ciment, où des dizaines de femmes devaient se vider ensemble sous les cris de Kapos ! Ida nous disait que le commando le plus dur ne peut dépasser la souffrance de cette humiliation collective.    
    
Cachés au bout du camp, bien séparés du reste de l’ensemble, dans un petit bois de bouleaux, ce que les Nazis ont tenté de faire disparaître en les faisant sauter, les restes des  chambres à gaz et des fours crématoires appelés Bunkers,  où les détenus du Sonderkommando devaient « traiter les corps », en extraire avant la crémation tout ce qui pouvait enrichir le Reich : cheveux, dents en or…. Shlomo Venezia, présent sur le site ce jour là, un survivant du Sonderkommando, nous a expliqué qu’il a échappé à la mort grâce à ses compétences pour couper les cheveux, car à partir de 1944,  les convois se sont accélérés et l’arrivée des juifs de Hongrie avait nécessité une main d’œuvre efficace.

    
Des étendues marécageuses avec des stèles désignaient l’emplacement où les cendres étaient répandues. Un étang même a presque été comblé avec celles-ci.

      
« La dernière photo », devant les ruines des chambres à gaz, montrait un groupe de femmes et d’enfants dans le bois, épuisés mais presque paisibles, ignorant leur sort immédiat... La sélection, opérée par des nazis sur la rampe d’arrivée  du train, envoyait ceux qui ne pouvaient pas être utiles dans ces centres de mise à mort, femmes, enfants, vieillards.


Les membres du SonderKommando ont résisté. Ils ont réussi à faire des photos clandestines de ce qu’ils vivaient. Ils ont même réussi à obtenir du matériel pour faire sauter les crématoires, tentative punie par la mort. Les autres, comme Ida, qui pouvaient travailler, étaient transformés en quelques heures en « stücke », des pièces, déshumanisées, rasées, numérotées. Là encore, la connaissance de l’allemand pour les longs appels sauvait une vie...Un appel a duré 19 heures à Auschwitz I, après une évasion de l’usine...


L’après-midi, nous avons découvert Auschwitz I,  des blocks transformés en musée avec, soigneusement triés dans des vitrines, les objets laissés par les déportés qui étaient stockés dans le « Kanada » . Que ressentir devant un rouleau de tissu fabriqué avec des cheveux, ou face à une masse de paires de lunettes, de chaussures ? Tout était soigneusement récupéré, trié par catégorie, et envoyé en Allemagne.
Le camp était une véritable ville, avec sa prison, sa cour d’exécution, son orchestre, son infirmerie....


Vers dix-sept heures, la nuit commençait déjà à tomber, ainsi que la neige. Nous avons quitté les lieux, glacés,  sans voix.

 

Bibliographie :

Grinspan Ida, J’ai pas pleuré, Presses -Pocket 2003

Par Le Huérou D. - Publié dans : transmission de la mémoire
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /Mars /2009 22:08
Voici le teneur du message que nous avons adressé à la direction de l'espace Encan pour protester contre le maintien à La Rochelle du spectacle "J'ai fait l'con" du soit disant humoriste Dieudonné.

" Madame, Monsieur,
Nous apprenons que vous envisagez de recevoir dans vos locaux l'artiste Dieudonné qui a promu dans un spectacle précédent le négationniste plusieurs fois condamné Faurisson.
Nous ne pensons pas qu'il est légitime de vouloir faire rire aux dépens de la mémoire de personnes assassinées, à fortiori quand il s'agit de victimes de la Déportation. Pensez à l'injure que cela représenterait pour les  familles de ces 156 000 français déportés parce que juifs ou résistants. Une tragédie aussi immense ne mérite pas d'être réduite à un argument de cabaret.
Dieudonné et Faurisson partagent probablement le même antisémistisme. Leur accorder une scène revient sous couvert d'humour à leur offrir une tribune. La ville de La Rochelle s'honorerait en s'y opposant. Elle resterait ainsi fidèle à l'hommage qu'elle rend aux Déportés par ses rues et ses places, au soutien qu'elle accorde au travail de Mémoire.
Nous espérons que vous saurez  trouver les mots justes pour revenir sur cette programmation qui va à l'encontre des valeurs de la République et des droits de l'Homme.
Ce message aimerait vous en convaincre.
 
Pour l'AFMD 17 "

Nous engageons bien entendu tous ceux qui partagent notre avis à adresser un message dans ce sens à l'adresse email de ce lieu de spectacle:  info@larochellecongres.com
Par afmd 17 - Publié dans : Lutte contre le négationnisme
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